Thème

Église

Auteurs

Pierre-Henry NAU

Lieu

Non précisé

Date

Non précisée

Le Ministère des femmes dans l’Église

Parcours rapide du Nouveau Testament

Un contexte

  • Dans la société : Un bouleversement complet de la place des femmes depuis 50 ans : activité professionnelle hors foyer, accès aux fonctions politiques, planning familial…

  • Dans l’Église : une évolution rapide dans la plupart des églises protestantes et évangéliques (femmes pasteurs et évêques, disparition de la « coiffure » lors des offices…), devenues moins fondamentalistes sur ces questions que l’église catholique !
  • Dans les « assemblées de frères » : en dehors des réunions d’assemblée (plénières), une implication croissante des sœurs dans des fonctions qui ne leur étaient pas habituelles, mais aucun changement au niveau des réunions : le silence reste la règle, qu’il s’agisse de l’enseignement, de la prière ou de toute autre initiative. Les jeunes ne l’acceptent pas toujours et nombreux sont ceux qui aspirent à plus de liberté dans ce domaine.

Une règle d’or

Les chrétiens ne sont pas appelés à refuser tous les changements de la société. Certains vont parfois dans le sens des valeurs évangéliques. D’un autre côté , ils doivent savoir résister à toute tendance qui les amènerait à s’éloigner des lignes de conduite que donne la parole de Dieu. Alors, il faut savoir prendre du recul avec son environnement, et rechercher une position strictement biblique. Le passé a pu être machiste, le présent est peut-être plus -voire trop- féministe, une seule chose importe : se calquer sur le plan de Dieu envers les hommes et les femmes et accepter leurs rôles respectifs : cela ne peut conduire qu’à l’harmonie, au bien-être et à la croissance dans l’Église.

  1. Dans les évangiles

Dans une optique dispensationnaliste, nous admettrons que les exemples et la doctrine du ministère des femmes dans l’Église doivent être étudiés à partir de la naissance de l’Église en Actes 2. Toutefois les évangiles contiennent immanquablement les prémices de la place des femmes dans l’Église, au moins de façon symbolique.

  •  Anne, Elisabeth et Marie au moment de la naissance de Jésus :

« et Elisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, et elle s’écria à haute voix et dit : Tu es bénie entre les femmes, et béni est le fruit de ton ventre ! »

« Et Marie dit : Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit s’est réjoui en Dieu mon Sauveur » (Luc 1 : 41-42 et 46-47)

« Et il y avait Anne, une prophétesse… celle-ci, survenant en ce même moment, louait le Seigneur, et parlait de lui à tous ceux qui, à Jérusalem, attendaient la délivrance » . (Luc 2 : 36 et 38)

Elisabeth prophétise et Marie loue Dieu ; Anne a ces deux activités publiquement ; mais ces choses étaient déjà connues dans l’Ancien Testament (Exode 15 : 20-21 par exemple)

  • La samaritaine :

    « Jésus lui dit : Femme, crois-moi… l’heure vient et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité… « 

    « La femme donc, laissa sa cruche et s’en alla à la ville, et dit aux hommes : Venez, voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait… » (Jean 4 : 21-23 et 28-29)

    C’est à une femme que Jésus révèle le vrai culte que Dieu recherche (celui du cœur, offert avec sincérité). Ensuite, la samaritaine rend un témoignage auprès des hommes de la ville.

  • La Cananéenne :

« Et elle vint et lui rendit hommage, disant : Seigneur, assiste-moi…. Jésus lui dit : O femme, ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu veux. Et dès cette heure là, sa fille fut guérie » (Matthieu 15 : 25 et 28)

Cette femme (étrangère) fait preuve d’une grande audace qui dérange les disciples, mais pas le Seigneur. Sa foi exceptionnelle lui vaut une réponse du Maître sous forme de « chèque en blanc » .

  • Marthe et Marie de Béthanie :

« Et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. Et elle avait une sœur appelée Marie, qui aussi, s’étant assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole… » (Luc 10 : 38-39)

« Marie donc, ayant pris une livre de parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus et lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et la maison fut remplie de l’odeur du parfum. » (Jean 12 : 3)

Marthe pratique l’hospitalité, et Marie écoute les paroles de Jésus. Plus tard, Marie répand sur ses pieds un parfum qui préfigure indiscutablement l’adoration. La femme pécheresse de Luc 7,38 agit de même. Dans les deux récits en question, Jésus valorise le geste du cœur, qui sera l’essence du christianisme, et que les femmes comprennent bien plus vite que les hommes. Notons que l’une et l’autre accomplissent cet acte sans paroles et avec une touche de féminité (les cheveux).

  • Marie de Magdala au moment de la crucifixion :

  « Or, près de la croix de Jésus, se tenaient sa mère, et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala » (Jean 19 : 25)

« Et le premier jour de la semaine, Marie de Magdala vint le matin au sépulcre, comme il faisait encore nuit ; et elle voit la pierre ôtée du sépulcre. Elle court donc, et vient vers Simon Pierre et vers l’autre disciple… »

« Jésus lui dit : …va vers mes frères et dis leur : Je monte vers mon Père et votre Père… » (Jean 20 : 1 et 17)

N’écoutant que son cœur, Marie de Magdala ne veut qu’une chose : être là où est le Maître. Dans cette attitude d’amour, elle reçoit -comme la samaritaine- une révélation essentielle, qu’elle doit transmettre aux disciples (des hommes) : Jésus est vivant, et Dieu est maintenant le Père de tous.

En résumé, ce sont souvent des femmes qui ont manifesté le plus de dévouement, de foi, d’intelligence, de profondeur, en un mot qui ont le mieux compris le Seigneur et son message tout au long de son ministère ici-bas.

  1. Dans les Actes et les épîtres

Nous nous limiterons à considérer chaque passage sous l’angle des champs d’action des femmes dans l’Église :

« Tous ceux-ci persévéraient d’un commun accord dans la prière, avec les femmes, et avec Marie, la mère de Jésus, et avec ses frères. » (Actes 1 : 14 DBY)

Ce que l’on peut affirmer : les femmes étaient associées, d’une manière ou d’une autre, à la prière.

Ce qui se discute : Se contentaient-elles de donner leur « amen », ou prenaient-elles la parole ? Choisir une option comme l’autre, c’est forcer le texte dans un sens ou dans l’autre. Passons donc au passage suivant.

« Mais, lorsqu’ils l’eurent entendu, Priscille et Aquilas le prirent avec eux et lui présentèrent plus exactement encore la voie de Dieu. » (Actes 18 : 26 TOB)

 La problématique est la même que pour le verset de Actes 1, mais ici on a plus de mal à imaginer que Priscille n’ait rien dit, et ce d’autant plus qu’elle est citée en premier. Mais on se trouve ici dans la sphère privée. Les femmes ne sont pas du tout incompétentes en matière de doctrine, et il est bon de porter attention à leurs arguments.

Remarque : Les versions anciennes (Darby, Segond 1910, NEG, Ostervald) citent dans ce verset Aquilas en premier ; « à tort ! » dit-on, mais il y a débat à propos des différents manuscrits.

« … étant entrés dans la maison de Philippe… nous demeurâmes chez lui. Or, il avait quatre filles vierges qui prophétisaient » (Actes 21 : 9 DBY)

Les sœurs reçoivent le don de prophétie aussi bien que les frères. Cependant, le contexte de ce passage semble bien montrer que les filles de Philippe prophétisaient dans le privé . Notons aussi que ce ne sont pas elles qui ont averti Paul (un homme) des dangers qui l’attendaient à Jérusalem, mais un frère, venu de Judée (v 10), et ce alors qu’elles étaient pourtant sur place. Ceci va dans le sens de 1 Timothée 2 : 12.

« Phoebé, notre sœur, qui est servante de l’assemblée qui est à Cenchrée … a été en aide à plusieurs et à moi-même. » (Romains 16 : 1 DBY)

A rapprocher des exhortations aux serviteurs (diacres) en 1 Timothée 3,8-13 (le verset 11 s’adresse spécifiquement à des femmes). Le service ( « diaconat » ) concerne autant les femmes que les hommes. Contrairement aux exhortations qui s’adressent aux surveillants (anciens), celles qui visent les diacres ne parlent pas d’aptitude à enseigner ou à conduire.

« … la femme qui prie ou prophétise… (1 Corinthiens 11 : 5 DBY) … la femme, à cause des anges, doit avoir sur la tête une marque de l’autorité à laquelle elle est soumise » (v 10)

Pour essayer de cerner la portée de ce passage, il faut tenir compte du contexte et comparer les versets 2 et 17-18 : Paul les loue pour le respect du port du voile, et ne les loue pas pour leurs réunions d’assemblées. Le verset 17 marque un tournant : à partir de ce verset, Paul va parler de divers sujets concernant plus spécifiquement les réunions « plénières » de l’assemblée ( « quand vous vous réunissez ensemble » ) : La Cène (11 : 17-34), l’exercice des dons (12 à 14).

A mon sens l’exhortation sur le voile ne concerne pas spécifiquement les réunions de l’assemblée. La nécessité du voile n’est pas liée à un lieu mais plutôt à des activités : la prière, la prophétie d’une sœur, faite publiquement… quelque soit le contexte. Ce passage ne sous-entend donc pas forcément que les femmes prophétisent ou prient quand toute l’assemblée est réunie.

Quelle est la signification du voile ?  La femme doit offrir aux lieux célestes (« à cause des anges », comme en Éphésiens 3 : 10) le spectacle de sa soumission, qui illustre celle de l’Église envers Christ (selon Éphésiens 5 : 23). Quand elle s’exprime à haute voix, et se trouve donc en position de relative autorité , le voile prend tout son sens : il reste une marque évidente du fait qu’elle ne renverse pas pour autant l’ordre des choses.

« Toutefois, ni la femme n’est sans l’homme, ni l’homme sans la femme, dans le Seigneur ; car comme la femme procède de l’homme, ainsi aussi l’homme est par la femme ; mais toutes choses procèdent de Dieu » . (1 Corinthiens 11 : 11-12)

Les différences de rôle entre l’homme et la femme ne doivent pas déboucher sur des conceptions machistes (pas plus que féministes évidemment) insinuant des différences de valeur et de position devant Dieu entre les deux sexes (voir aussi Galates 3 : 28).

« Que vos femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de parler; mais qu’elles soient soumises, comme le dit aussi la loi » (1 Corinthiens 14 : 34 DBY)

Toute la discussion sur ce passage concerne la portée qu’il faut donner aux verbes « parler » et « se taire » . Examinons quatre hypothèses que le sens très large du verbe « laleo » (parler au sens le plus large) autorise:

  1. Hypothèse du bavardage : « car il ne leur est pas permis de bavarder… » : Le verset 35 montre qu’elles ne doivent pas poser des questions : « qu’elles interrogent leurs propres maris chez elles » . Poser des questions n’est pas du bavardage. Certains affirment que les femmes avaient tendance à bavarder dans les synagogues et les premières assemblées chrétiennes. Je serais reconnaissant qu’on me fournisse les références bibliographiques qui étayent cet avis. De plus s’il avait voulu parler de bavardage, Paul aurait bien pu utiliser le verbe « phluo » (bavarder), dont il utilise l’adjectif en 1 Timothée 5 : 13.
  2. Hypothèse de l’enseignement : « car il ne leur est pas permis d’enseigner… » : Prenons du recul sur le passage (contexte large) : le paragraphe v34-35 suit logiquement le paragraphe v26-33 qui commence par « chacun de vous a un psaume, a un enseignement… » . Si le v 34 amende le v 26, les sœurs ne doivent ni enseigner, mais elles ne doivent pas indiquer de chants non plus.
  3. Hypothèse du silence complet : « car il ne leur est pas permis d’ouvrir la bouche… » : bien que personne ne retienne cette hypothèse, soulignons qu’il n’est pas question de silence ici (ce sera le cas par rapport à l’enseignement en 1 Timothée 2), mais de soumission.
  4. Hypothèse de l’absence d’initiative : « car il ne leur est pas permis de prendre la parole… » : pour expliquer ma préférence pour cette dernière hypothèse, je propose de tenir compte du contexte immédiat et du contexte large :
  • Contexte immédiat : « parler » est mis en opposition avec « être soumises » (cf. Genèse 2 : 18 et 3 : 16b). Ce que les sœurs ne doivent donc pas faire dans l’assemblée, c’est prendre des initiatives : proposer un chant, prier au nom de tous sont des initiatives, mais pas chanter ou dire « amen », ou apporter un témoignage après y avoir été invitée, ou être désignée pour faire une lecture, ou exposer un compte-rendu d’activité missionnaire, ou encore mener le chant…

  •  Contexte large : comme nous l’avons vu pour la 2e hypothèse, le paragraphe v34-35 suit logiquement le paragraphe v26-33 qui commence par « chacun de vous a un psaume, a un enseignement, une langue, une révélation… » . Il est vrai que la prière n’est pas mentionnée, mais le prochain passage n’encourage pas à faire de la prière une exception. Quant à la signification profonde de cette attitude entièrement soumise des femmes, le contexte général des épîtres porte à penser qu’elle est avant tout symbolique (tout comme celle du port du voile), ce qui n’enlève évidemment rien à sa nécessité : le silence des femmes vient rappeler aux lieux célestes et aux croyants la soumission paisible de l’Église à celui qui est son chef, c’est à dire le Christ (Éphésiens 5 : 23). D’ailleurs, n’oublions pas de nous laisser instruire par cette « pédagogie » de Dieu !

Ultime remarque : Si le v 35 parait très restrictif, retenons qu’en même temps, il encourage aux échanges entre mari et femme sur les questions doctrinales.

Je veux donc que les hommes prient en tout lieu, élevant des mains saintes… De même aussi, que les femmes se parent d’un costume décent… (1 Timothée 2 : 8-9 DBY)

Ici, et exceptionnellement, le mot grec qu’on a traduit par homme est « Andros » (ou « aner », homme mâle) alors que le plus souvent il s’agit d’ « anthropos » (être humain, de l’espèce humaine). Certes, l’emphase est mise sur « en tout lieu », en réponse au sujet de prière des v 1-7, mais Paul est précis. Parlant de prière en tout lieu, il s’adresse aux hommes (mâles). Il faut ensuite bien comprendre l’enchaînement du v 9 : « prier » (pour les hommes) se trouve en parallèle avec « se parer » (pour les femmes) car ces deux verbes sont au même temps.

Traduction juste : Que les hommes prient… élevant des mains saintes… De même, que les femmes se parent d’un costume décent…, de bonnes œuvres…

Traduction fausse, à mon humble avis (Semeur) : Que les hommes prient… élevant des mains saintes…. Que les femmes fassent de même, se parant… 

La prière publique relève donc de la responsabilité des hommes.

Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni d’user d’autorité sur l’homme ; mais elle doit demeurer dans le silence ; car Adam a été formé le premier, puis Ève; et Adam n’a pas été trompé ; mais la femme, ayant été trompée, est tombée dans la transgression. (1 Timothée 2 : 12-14 DBY)

  •  La femme ne doit pas enseigner : C’est une règle générale qui trouve une exception en Tite 2 : 3-4 (enseigner des jeunes femmes) et, comme nous l’avons vu, une nuance en Actes 18 : 26 (dans un cadre privé).

  •  Elle ne doit pas user d’autorité sur l’homme : Cela entraîne que les femmes ne peuvent pas assumer la charge d’ancien (comparer avec 1 Timothée 5 : 17) , ni participer à l’administration de l’assemblée, du moins au stade des décisions formelles (cf. Actes 15 : 7). Le passage d’Actes 18 : 26, étudié plus haut nuance la première règle (cela se passe dans un contexte privé, moins formel), et ne contredit pas la deuxième (vu le tact dont fait preuve le couple).

Les v 13 à 15 donnent une explication tirée de la chute au jardin d’Eden. La position de soumission de la femme est liée à la plus grande responsabilité de l’homme -en général- et à la plus grande faiblesse (plus influençable, subjective, sensible ?) du caractère féminin (1 Pierre 3 : 7) -en général, évidemment !

… si elle a élevé des enfants, si elle a logé des étrangers, si elle a lavé les pieds des saints, si elle a secouru ceux qui sont dans la tribulation … (1 Timothée 5 : 10)

L’éducation des enfants, l’hospitalité, la bienfaisance et le ministère d’aide sont les domaines de prédilection du ministère des sœurs. Sans doute ces domaines sont-ils à revaloriser. Les besoins sont grands et les femmes qui s’y investissent accomplissent  souvent avec beaucoup de discrétion – une œuvre considérable et essentielle dans la vocation et dans la croissance de l’Église ici-bas (1 Corinthiens 12 : 22).

les femmes âgées … qu’elles instruisent les jeunes femmes..  (Tite 2 : 3-4)

L’impossibilité d’enseigner ne s’applique pas quand ceux qui sont enseignés sont d’autres femmes, ou encore des enfants ou des jeunes (cela ne contredit pas 1 Timothée 2). Partages entre sœurs, école du dimanche, clubs bibliques et camps évangéliques sont des sphères privilégiées pour que les femmes mettent en œuvre leurs dons d’enseignement.

Conclusion

Comme pour beaucoup de sujets, la vérité sur la place des femmes dans l’Église est faite de nuances. Sa cohérence me semble tracée sur trois axes principaux :

  • Leur possibilité d’action doit montrer que dans le Christ, il n’y a pas de discrimination.
  • Leur dévouement dans des domaines multiples de la vie doit témoigner de la grâce variée de Dieu.
  • Leur subordination volontaire doit rappeler que l’Église est soumise au Christ

à y regarder de près, on s’aperçoit que les femmes s’acquittent plutôt bien des fonctions qui leur sont imparties. Si la tendance est aujourd’hui à ce qu’elles empiètent sur celles des hommes, c’est sûrement parce que « l’homme se fait rare » dans l’Église : pas forcément en nombre, mais plutôt en spiritualité . Mon prochain article portera donc sur « le ministère des hommes dans l’Église ».