Thème
Bible
Auteurs
M-A. Brun
Lieu
Ballaigues
Date
29/01/2023
Le royaume d’Israël sous Salomon, une utopie ?
Une utopie = Idéal, vue politique ou sociale qui ne tient pas compte de la réalité.
• Conception ou projet qui paraît irréalisable.
Les 8 chapitres précédents le ch.9 :
- Chapitres 1 et 2 : la succession de David à Salomon ;
- Chapitres 3 et 4 : Salomon demande la sagesse ;
- Chapitres 5 à 8 : la construction du Temple.
Cela nous amène au ch.9, où le Temple est achevé.
Pour bien comprendre ce qui arrive au royaume d’Israël, il est important de lire ces événements à la lumière du ch.17 du Deutéronome.
Pourquoi ce chapitre ?
Il est composé de trois paragraphes, dont les titres sont, dans certaines versions de la Bible :
- La punition de l’idolâtrie (v.1 à 7) ;
- L’obéissance aux autorités (v.8 à 13) ;
- Les prescriptions relatives à la royauté (v.14 à 20).
Le mot Deutéronome signifie « rappel des paroles de Dieu », paroles données précédemment dans le livre du Lévitique, appelé en hébreu Vayikra « Et Il appela ».
S’il y a un appel à l’origine, puis un rappel des paroles, c’est que l’Éternel désire une relation exclusive et personnelle avec son peuple.
Malheureusement, l’homme demeure, par nature, un pécheur. Il retourne bien souvent à ses travers et à sa première nature (1 Pi.4.4 ; 2 Pi.2.22). Il a donc un grand besoin d’un Libérateur, d’un Sauveur.
Si nous rapprochons les promesses faites à David en 2 Sam.7, qui rappellent les alliances conclues par Dieu :
- avec Noé (Gen.8) ;
- avec Abraham (Gen.12) ;
- avec Moïse (Ex.19),
Nous constatons que cette relation d’exclusivité et de proximité, autrefois établie avec son peuple, s’étend désormais à chaque croyant.
Qu’est-ce qu’une alliance avec Dieu ?
Comme un homme et une femme qui s’unissent par le mariage, les époux échangent des alliances pour témoigner de leurs promesses mutuelles et de leur appartenance réciproque.
De même, une alliance avec Dieu est un engagement que Dieu établit avec l’homme. Par cette alliance, Dieu déclare que c’est Lui qui accomplit, ou accomplira, toutes choses en faveur de son peuple. Dès lors, il ne reste plus à celui-ci qu’à Lui faire confiance. L’alliance est donc une promesse de fidélité de la part de Dieu, à laquelle l’homme est appelé à répondre par la foi.
Le plan
I L’apparition de l’Éternel à Salomon (v.1-9)
- Réunion de fin de chantier v.1-5
v.1-2 – Le Temple est achevé. L’Éternel apparaît à Salomon pour la seconde fois (voir 1 Ro.3.5). Il lui déclare qu’Il a consacré ce Temple afin qu’il soit un lieu saint où son nom résidera pour toujours. Ses yeux et son cœur y seront perpétuellement. Dieu renouvelle également sa promesse : Il affermira le trône de Salomon, comme Il l’avait promis à David.
v.3– Dieu répond à la prière et à la supplication que Salomon Lui a adressées. Il déclare qu’Il consacrera cette maison que Salomon a bâtie pour y faire demeurer son nom à jamais. Ses yeux et son cœur y seront toujours.
Quel privilège ! Quel Dieu accessible !
v.4-5 – Dieu demande à Salomon de marcher devant Lui comme son père David l’a fait, avec intégrité de cœur et droiture, en mettant en pratique toutes ses ordonnances et en observant ses lois. Alors, Il affermira pour toujours le trône de son royaume sur Israël, conformément à la promesse faite à David.
- Rappel de sa fonction « Dieu rappel ses ordonnances » v.6-9
v.6 – Dieu rappelle que si le peuple se détourne de ses ordonnances (ou de ses commandements, selon la version Darby) en désobéissant aux lois qu’Il lui a données :
- en allant rendre un culte à d’autres dieux ou en les adorant ;
- en se prosternant devant eux,
alors il rompra l’alliance conclue avec Lui.
Dieu demande l’exclusivité de l’adoration de son peuple :
« Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et à la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fais miséricorde jusqu’en mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements. » (Ex. 20.5-6)
v.7 à 9 – Dieu annonce les conséquences de l’infidélité de son peuple. Si Israël abandonne l’Éternel pour servir d’autres dieux, Il le retranchera du pays qu’Il lui a donné, et le Temple, pourtant consacré à son nom, deviendra un sujet d’étonnement, de moquerie et de dérision parmi les nations.
Lorsque l’on considère l’histoire du peuple d’Israël l’exil, la dispersion (la diaspora) ainsi que les nombreuses persécutions qu’il a subies et qu’il subit encore, sur les plans religieux comme géopolitique ces paroles prennent une résonance particulière. Le v.9 en donne lui-même l’explication : c’est parce qu’ils ont abandonné l’Éternel, leur Dieu, qui les avait fait sortir du pays d’Égypte, pour s’attacher à d’autres dieux, les adorer et les servir.
II Pendaison de crémaillère à Jérusalem (v.10-28)
- Les dons de Hiram en remerciement v.10-14
J’ai donné ce titre à cette portion du texte car les faits rapportés dans cette portion me font tout à fait penser à une pendaison de crémaillère.
Une pendaison de crémaillère peut-être quelque chose de très sympa, mais comme l’avons vu en introduction: l’homme reste un pécheur.
« Le cœur est trompeur par-dessus tout, et incurable ; qui le connaît ? Moi, l’Éternel, je sonde le cœur, j’éprouve les reins ; et cela pour rendre à chacun selon ses voies, selon le fruit de ses actions. Comme la perdrix qui couve ce qu’elle n’a pas pondu, celui qui acquiert des richesses, et non avec droiture, les laissera au milieu de ses jours, et, à sa fin, il sera un insensé. » Je.17.9-11
v.10 La réunion de fin de chantier est passée, l’auteur nous rapporte les temps de réalisations des travaux. Peut-être que dans sa sagesse Dieu nous montre que les choses ne se font pas en un jour.
v.11-14 Par l’alliance commerciale que Salomon fait avec Hiram le roi de Tyr (territoire de la Phénicie Sidoniens), qui lui avait fourni des matériaux pour bâtir le temple et Salomon en échange lui avait donné des villes au Nord du territoire d’Israël, ce qui amènera quelques conséquences des années plus tard à la fin de la vie de Salomon et après sa mort. (voir aussi 1Ro.11.1-9)
Nous pouvons rappeler ce nous dit le Deu.17
III Les activités de Salomon (v.15-28)
- Les 30 glorieuses du peigne de Salomon v.15-19
À première vue, il n’y a pas de difficulté : tout semble bien se passer en Israël. Le royaume est prospère. Les v.16 à 19 nous montrent notamment une alliance conclue par le mariage de Salomon avec la fille du pharaon.
La fille de qui ?
Du pharaon d’Égypte. Pourtant, il s’agit du même empire qui avait réduit le peuple hébreu en esclavage environ quatre cents ans auparavant.
(Petite parenthèse historique : l’Égypte a connu vingt-cinq dynasties, marquées par des périodes de soulèvements, de révoltes et d’instabilité. Le pharaon cherchait probablement à s’assurer l’alliance d’un roi puissant comme Salomon afin de ne pas se retrouver à la merci des nations voisines. À l’époque de Moïse, l’Égypte était la grande puissance du monde connu. Après la sortie d’Égypte, la perte de nombreux esclaves et la destruction de son armée ont sans doute contribué à son affaiblissement, permettant à d’autres nations de contester sa suprématie.)
Ce qui est également surprenant, c’est que Salomon utilise certaines de ces villes comme villes-entrepôts et places fortes pour son armée.
Ainsi, le royaume d’Israël, le peuple choisi par l’Éternel, est en paix, mais cette paix repose aussi sur des alliances qui peuvent être considérées comme spirituellement dangereuses.
Le beau-père du roi d’Israël est le pharaon, souverain d’un peuple dont le panthéon comprend des divinités telles que Hathor (déesse de l’amour), Horus (dieu faucon) ou encore Sobek (dieu crocodile).
Cette situation fait écho à l’avertissement donné en Deu.17:
« S’il se trouve au milieu de toi, dans l’une des villes que l’Éternel, ton Dieu, te donne, un homme ou une femme qui fasse ce qui est mal aux yeux de l’Éternel, ton Dieu, en transgressant son alliance, qui aille servir d’autres dieux et se prosterne devant eux, devant le soleil, devant la lune ou devant toute l’armée des cieux, ce que je n’ai pas commandé… » (Deu.17.2-3)
- Une hutte… dans un champs de concombres v.20-21 (voir la référence Esa.1.7-9)
v.20-21Ce titre veut souligner que Salomon laisse progressivement s’établir en Israël des peuples qui n’appartiennent pas à la nation d’Israël.
Cette situation fait penser à la parole d’Ésaïe :
« Votre pays est dévasté, vos villes sont brûlées par le feu ; votre terre, des étrangers la dévorent sous vos yeux ; elle est dévastée, comme ruinée par des étrangers. La fille de Sion est restée comme une cabane dans une vigne, comme une hutte dans un champ de concombres, comme une ville assiégée. Si l’Éternel des armées ne nous eût laissé un faible reste, nous serions comme Sodome, nous ressemblerions à Gomorrhe. » (És.1.7-9)
Certes, Salomon employa ces peuples comme esclaves. Cependant, ils demeuraient sur le territoire que l’Éternel avait promis à son peuple.
Si nous repensons au pharaon, nous retrouvons une inquiétude d’une autre nature :
« Il dit à son peuple : Voici, le peuple des fils d’Israël est plus nombreux et plus puissant que nous. Allons ! Montrons-nous habiles à son égard, de peur qu’il ne se multiplie et que, s’il survient une guerre, il ne se joigne à nos ennemis, ne combatte contre nous et ne quitte le pays. » (Ex.1.9-10)
À l’inverse, le livre d’Ésaïe présente une tout autre situation :
« Partage ton pain avec celui qui a faim, fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile ; si tu vois un homme nu, couvre-le, et ne te détourne pas de ton semblable. » (És.58.7)
Le contexte est ici très différent. Ésaïe ne parle pas de peuples idolâtres s’installant durablement au milieu d’Israël, mais de l’attitude que le peuple de Dieu doit adopter envers les pauvres, les opprimés et les personnes sans abri. Il s’agit d’un appel à la compassion, à la justice et à la miséricorde, et non d’une remise en cause des prescriptions relatives à l’idolâtrie ou à l’alliance avec Dieu.
Bon prince Salomon v.22-28
v.22-24 et 26-28 Salomon n’asservit pas les Israélites ; il les emploie comme hommes de guerre, officiers et chefs. En revanche, il développe considérablement son armée, notamment sa cavalerie et ses chars.
Cette politique rappelle les avertissements de Deutéronome 17.16-17 :
« Ce roi ne devra pas avoir une importante cavalerie, et il ne renverra pas le peuple en Égypte pour s’y procurer des chevaux en grand nombre. Car l’Éternel vous a dit : « Vous ne retournerez plus par ce chemin-là. » Qu’il ne prenne pas non plus un grand nombre de femmes, afin que son cœur ne se détourne pas ; et qu’il n’amasse pas de grandes quantités d’argent et d’or. »
Ainsi, Salomon commence à s’écarter des prescriptions données par Dieu au sujet de la royauté. Il continue également à entretenir des relations étroites avec des nations étrangères, notamment avec l’Égypte, d’où il fait venir des chevaux et des chars.
v.25 Salomon offre des sacrifices à l’Éternel et brûle des parfums sur l’autel.
Ces actes témoignent de la poursuite du culte rendu à Dieu. Toutefois, à la lumière de l’ensemble de son règne, une question peut être posée : ces sacrifices traduisaient-ils une obéissance sincère ou risquaient-ils de masquer un éloignement progressif du cœur de Dieu ? C’est précisément cette tension que le récit biblique développera dans les chapitres suivants.
Conclusion
Le royaume d’Israël sous Salomon : une utopie ?
Malheureusement, non. Malgré la sagesse et la prospérité de son règne, les premières fissures apparaissent déjà : des alliances compromises, une confiance grandissante dans la puissance humaine et un éloignement progressif des prescriptions de Dieu.
Mais le dernier mot appartient toujours à la grâce de Dieu.
« Et tu leur diras : Ainsi parle l’Éternel des armées : Revenez à moi, dit l’Éternel des armées, et je reviendrai à vous, dit l’Éternel des armées. » (Za.1.3)
Dieu aime le pécheur qui se repent. Son appel demeure le même : revenir à Lui.
Cette grâce trouve son accomplissement parfait en Jésus-Christ :
« Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. » (Jn.3.16)
Cette espérance nous conduit également à vivre notre foi dans l’amour du prochain. Comme l’a exprimé l’Abbé Pierre :
« Il faut vivre les uns pour les autres et non pas les uns contre les autres. »
Que l’exemple de Salomon nous rappelle que la prospérité ne garantit pas la fidélité, mais que la grâce de Dieu demeure offerte à tous ceux qui reviennent à Lui avec un cœur sincère.
Application pour nous.
Dans l’Église où j’effectue mon stage, au début de chaque culte, une partie de la liturgie nous rappelle, dimanche après dimanche, l’ADN de notre Église.
« Nous sommes une communauté diverse de personnes imparfaites qui cherchent à suivre Jésus, à faire des disciples et à se mettre au service de son quartier. »
« Que dirons-nous donc à ces choses ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
Celui même qui n’a pas épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous fera-t-il pas don aussi, librement, de toutes choses avec lui ?
Qui intentera accusation contre des élus de Dieu ?
C’est Dieu qui justifie ; qui est celui qui condamne ?
C’est Christ qui est mort, mais plutôt qui est aussi ressuscité, qui est aussi à la droite de Dieu, qui aussi intercède pour nous ; qui est-ce qui nous séparera de l’amour du Christ ? Tribulation, ou détresse, ou persécution, ou famine, ou nudité, ou péril, ou épée ?
Selon qu’il est écrit : « Pour l’amour de toi, nous sommes mis à mort tout le jour ; nous avons été estimés comme des brebis de tuerie ».
Au contraire, dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés.
Car je suis assuré que ni mort, ni vie, ni anges, ni principautés, ni choses présentes, ni choses à venir, ni puissances, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune autre créature, ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, qui est dans le christ Jésus, notre Seigneur. » Rm.8.31-39
Tout comme Salomon, nous sommes imparfaits et nous pouvons facilement glisser vers une certaine forme de laxisme dans notre vie communautaire et dans notre marche avec Dieu, y compris lorsque l’assemblée se réunit.
Gardons donc les yeux fixés sur Jésus. Servons-Le fidèlement et annonçons la Bonne Nouvelle, l’Évangile, partout où le Seigneur nous a placés. Ne l’édulcorons pas dans l’espoir de gagner des âmes, car nous risquerions alors de faire des adeptes plutôt que des disciples, c’est-à-dire des femmes et des hommes qui suivent véritablement le Christ.
» Et vous, lorsque vous étiez morts dans vos fautes et dans vos péchés, dans lesquels vous avez marché autrefois, selon le train de ce monde, selon le chef de l’autorité de l’air, de l’esprit qui opère maintenant dans les fils de la désobéissance ; parmi lesquels, nous aussi, nous avons tous conversé autrefois dans les convoitises de notre chair, accomplissant les volontés de la chair et des pensées ; et nous étions par nature des enfants de colère, comme aussi les autres.
Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause de son grand amour dont il nous a aimés, alors même que nous étions morts dans nos fautes, nous a vivifiés ensemble avec le Christ vous êtes sauvés par la grâce, et nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus,
afin qu’il montrât dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans le Christ Jésus. Car vous êtes sauvés par la grâce, par la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ; non pas sur le principe des œuvres, afin que personne ne se glorifie ; car nous sommes son ouvrage, ayant été créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance, afin que nous marchions en elles. » 2Eph.2-10
Parce que Dieu nous a aimés le premier, Il a envoyé son Fils, Jésus-Christ, pour nous sauver. Par le don de sa vie, Jésus nous réconcilie avec Dieu et nous donne l’espérance de vivre auprès de Lui, avec Lui, pour l’éternité.
Servons Le dignement !